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Pourquoi nous leur rendons hommage.

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Smirnov
Posté le: Dim 9 Nov - 16:55 (2014) Répondre en citant

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La formation : Moscou.
   
   
La 39e division de fusiliers de la Garde est formée en juillet 1942 à Ramenskoié, dans la banlieue de Moscou. A l’origine de sa formation se trouvent les quelques survivants du 5e corps aéroporté (5e ВДК), commandé depuis l’automne 1941 par le colonel Stepan Saviéliévitch Gouriev.    
   
Le 5e ВДК a été très rudement éprouvé par les combats autour d’Orel et de Mtsensk en octobre 1941, puis par toute la suite de la bataille de Moscou[1]. Ses actions héroïques devant la capitale valent finalement à un 5e ВДК exsangue de se voir récompensé par un statut d’unité de la Garde et d’être transformé en division de fusiliers (infanterie) par un décret du 6 juillet 1942 : c’est la naissance de la 39e division de fusiliers de la Garde. Stepan Saviéliévitch Gouriev en prend le commandement avec le grade de général-major. Ses effectifs étant notoirement insuffisants, la toute jeune 39e se voit complétée d’hommes de tous horizons : de Moscou et de Leningrad, du Tatarstan, d'Ouzbékistan, de Bachkirie, de Sibérie, de Stalingrad. De nombreuses sources soulignent que beaucoup ont en commun d’appartenir au Parti ou au Komsomol. Ainsi formée, la 39e est affectée à la 1ère armée de la Garde, formée en aout 1942 avec 5 divisions de la 2e armée de réserve, et part vers la région du Don. De nouveaux effectifs viendront encore la compléter en route.


Le baptême du feu : Stalingrad.
   
   
Affectée au Front de Stalingrad, la 1ère armée de la Garde se voit confier la défense de la boucle du Don. Arrivée sur le front le 12, la 39e division de fusiliers de la Garde y connaît son baptême du feu, face à la 6e armée de Paulus, les 15 et 16 août 1942. Alors que toute la boucle du Don est conquise par les allemands, la résistance acharnée de la 39e permet de conserver quelques petites têtes de pont sur la rive occidentale du fleuve autour de Serafimovitch, positions qui se révèleront essentielles lors de l’opération Uranus[2].    
   
Immédiatement après cette première épreuve, du 17 au 20 août, la 39e fait partie des divisions qui subissent le gros des efforts de la 6ème armée pour forcer le Don et élargir les têtes de pont conquises dans le secteur de Nijni-Akatov[3]. Après s’être âprement battue contre un ennemi largement supérieur, la 39e doit reculer vers l’Est devant la violence du choc.    
   
Ainsi bousculées par l’envahisseur, la division et toute la 1ère armée de la Garde se reforment au tout début du mois de septembre au Nord de la ville de Stalingrad. Le 3 septembre, elle repart à l’offensive mais celle-ci échoue devant l’artillerie et l’aviation allemande faute d’une préparation suffisante et alors que toutes les forces n’ont même pas encore rejoint leurs positions de départ.    
   
La prochaine offensive est prévue pour le 18 septembre. La 1ère armée de la Garde et la 24e armée se lancent alors contre un VIII. Armeekorps solidement appuyé par l’aviation. Les combats durent jusqu’au 20 mais ne permettent de gagner que quelques kilomètres. La 39e division de fusilliers de la Garde y subit des pertes considérables et doit se retirer pour être reformée.    
   
C’est à cette occasion qu’elle est affectée à la 62e armée de Vassili Tchouïkov et traverse la Volga dans la nuit du 31 septembre au 1er octobre 1942 pour entrer dans Stalingrad.    
   
Voyons plutôt ce qu’en dit le général de la 62e armée dans ses mémoires[4] :    
   
« Dans la nuit du 1er octobre, la 39e division de fusiliers de la Garde avait commencé le passage de la rive gauche de la Volga. Ses régiments[5] n’étaient qu’à moitié complétés et ses compagnies comptaient seulement 40 à 50 hommes[6] (…). A sa tête se trouvait l’énergique major-général Gouriev, au combat depuis le début de la guerre. Il éduque sans doute ses subordonnés dans le même esprit, pensais-je lors de notre première rencontre et je fus vite convaincu que je ne m’étais pas trompé. La 39e division de fusiliers de la Garde avait, pendant de longs jours, défendu l’usine Krasny Oktiabr[7]. Ses soldats ne connaissent pas la retraite. Gouriev lui-même ne quittait pas son poste de commandement et d’observation, même quand les grenades des mitrailleurs ennemis éclataient sur son seuil. Il en fut ainsi plus d’une fois. Suivant son exemple, ses commandants de régiment se comportaient avec ténacité et vaillance au combat. La 39e division de fusiliers de la Garde se couvrit de gloire, et pas seulement dans les combats sur la Volga. Elle prit une part active, jusqu’à la fin de la guerre, à la défaite des envahisseurs allemands et termina sa guerre à Berlin. Son drapeau de la Garde s’orne de cinq décorations gagnées au front[8] ».


Vue contemporaine des cheminée de l'usine Kransny Oktiabr depuis la Volga. On apperçoit en arrière plan le monument à la Mère-Patrie du Mamaïev Kourgan (photo de l'auteur).

  
Laissons la parole à Vassili Tchouïkov pour connaître la mission de la 39e à son arrivée dans la ville :    
« Le jour où cette division arriva dans la ville, il fut décidé de déployer ces régiments avec mission de préparer une contre-attaque sur la cité Barrikady. Mais, au cours du combat du 1er octobre, je dus modifier cette décision, car dans le secteur de la division de Smékhotvorov[9], l’adversaire avait réussi une percée profonde dans nos positions et menaçait de s’emparer de l’usine Krasny Oktiabr. Ce jour là, la 39e division de la Garde fut placée en second échelon, derrière la division de Smékhotvorov, le long de la voie ferrée à l’ouest de l’usine. La division avait ordre de s’installer dans les ateliers de l’usine, de façon à les transformer en puissants points d’appui[10] ».

  
Point d'observation de l'état major de la 39e, usine Octobre rouge - Stalingrad. (Musée central des forces armées, Moscou)
De gauche à droite : le commandant de la division, le général-major S.S. Gouriev ; le chef d'état major, le major P.I. Zaliziouk ; le chef de la section opérationnelle, le major V.I. Ionov ; l'adjoint aux questions politiques (zampolit) , le colonel F.F. Tchernychev ; le chef de la section politique, le commissaire de bataillon Ya.I. Dobrovolskii.



Un autre cliché de la même série (Musée-Panorama de la bataille de Stalingrad, Volgograd).

  
Installée dans l’usine Krasny Oktiabr, la 39e n’en bougera plus malgré les assaut furieux et répétés des allemands.    
   
Dans sa défense de l’usine, la division connut quelques dates marquantes. Le 12 octobre 1942, un régiment de la 39e fait la liaison avec les unités voisines de l’usine Barrikady, renforçant en profondeur le dispositif de défense. Les 21 et 22 octobre, la 39e division de la Garde et sa voisine, la 193e division de fusiliers, doivent faire face à des assauts de troupes fraiches. Le 24, le communiqué de la 62e armée annonce que l’ennemi a fait une percée partielle dans la partie nord-ouest du territoire de l’usine, mais la défense tient.


   
Maquette de l'usine Kransny Oktiabr dans son état au moment des combats (Musée-Panorama de la bataille de Stalingrad, Volgograd).

  
Le 27 octobre, la 79e division d’infanterie allemande[11] dirige son effort principal vers l’usine Krasny Oktiabr. Des mitrailleurs ennemis parviennent à s’infiltrer jusqu’à l’état-major de la division et lancent des grenades dans l’abri de Gouriev. C’est le bataillon de garde de l’état-major de l’armée[12], envoyé directement par Tchouïkov au secours de la 39e, qui parvient à refouler l’ennemi et à entrer dans l’usine. Il y restera : le 4 novembre, le bataillon est dissout et la totalité de ses effectifs et de son matériel est affectée à la 39e division de fusiliers de la Garde. Cette dernière en a bien besoin, ses rangs sont en effet plus que clairsemés et ne peuvent plus garantir un front continu dans l’usine assiégée. Pendant ce temps, le 28 octobre, les assauts de chars et d’infanterie allemandes se poursuivent depuis la brèche établie le 24 dans l’angle nord-ouest de l’usine. Le 29 octobre, une contre-attaque limitée permet de détruire trois chars ennemis et de reprendre deux tranchées. Le 2 novembre, la 39e contre-attaque de nouveau et mène des combats dans les fonderies Blooming, les ateliers de calibrage et le dépôt des produits finis.


   
Suite de la maquette de l'usine Kransny Oktiabr dans son état au moment des combats (Musée-Panorama de la bataille de Stalingrad, Volgograd)

  
Le 12 novembre, les combats se poursuivent. Gouriev reçoit l’ordre suivant de Tchouïkov : « L’ennemi tente de percer le front dans la partie sud-est de l’usine Krasny Oktiabr et de déboucher sur la Volga. Pour renforcer le flanc gauche de la 39e division de fusiliers de la Garde et nettoyer de l’ennemi tout le territoire de l’usine, j’ordonne au commandant de la 39e division de fusiliers de la Garde d’étoffer, avec le bataillon relevé du flanc gauche de la 112e division de la Garde, le dispositif de combat au centre et au flanc gauche de la division, avec mission de rétablir entièrement la situation et de nettoyer de l’ennemi le territoire de l’usine[13] ». La veille, le capitaine Weltz, du 179e bataillon de sapeur de la 79e division d’infanterie allemande reçoit l’ordre de prendre le principal point d’appuis de la 39e : l’atelier des fours Martin, ou atelier n°4[14]. Son attaque est bloquée dès le départ par un puissant tir d’artillerie soviétique juste devant l’atelier. Le poste de commandement de Gouriev n’est qu’à 300 mètres de ce dernier, lui permettant une vue parfaite du regroupement allemand et une action au plus juste. La lutte qui s’en suivit dura jusqu’au 18 novembre, sans résultat pour les allemands. Le lendemain, 19 novembre 1942, l’opération Uranus est lancée, sonnant le glas de la 6e armée allemande.
   

Soldats de la 39e en tenue hivernale dans les ruines de l'usine Octobre rouge - Stalingrad.


Les combats n’en continuent pas moins avec acharnement, les allemands pensant pendant plusieurs semaines pouvoir encore être sauvés. Un changement de taille cependant améliore l’ordinaire de la 62e armée : la glace a enfin pris sur la Volga et le ravitaillement peu reprendre[15].
   
  
Le 24 décembre, la 39e division de fusiliers de la Garde part à l’attaque des ateliers de l’usine Krasny Oktiabr où l’ennemi s’est retranché. A la fin de la journée les ateliers de calibrage, de triage et de fabrication mécaniques sont pris, et, débouchant sur la périphérie ouest de l’usine, la division a achevé l’encerclement de l’adversaire. Celui-ci résiste avec acharnement, refusant de se retirer vers l’ouest dans les maisons en ruine, à ciel ouvert. Après une courte pause, les combats reprennent dans la nuit du 25 décembre. Au matin, l’usine est entièrement reprise, à l’exception du bâtiment principal de l’administration, transformé en forteresse par les allemands. La 45e division de fusiliers de Sokolov se chargera de le prendre quelques jours plus tard. La 39e quant à elle, enfin sortie de l’usine qu’elle n’avait pas quitté depuis son arrivée, part à l’assaut de la cote 107,5, accompagnée de la même 45e division.


Vue contemporaine de l'usine Octobre Rouge depuis la butte du Mamaïev Kourgan (photo de l'auteur).
  
   
Les combats se poursuivent ensuite dans la ville pendant tout le mois de janvier. Ces derniers sont cependant moins violents et offrent des temps de répits qui permettent à la 39e division de fusiliers de la Garde de recevoir enfin son drapeau de la Garde et de lui prêter serment, en présence du général Tchouïkov, sur la berge de la Volga, en janvier 1943. Après la reddition de Paulus le 2 février, la 39e recevra encore, le 31 mars 1943, en récompense de son rôle essentiel dans la bataille de Stalingrad, son premier Ordre du Drapeau rouge.    


Le général Tchouïkov remet le drapeau de la Garde à la 39e - Stalingrad, usine Octobre Rouge, 3 janvier 1943. (Musée central des forces armées, Moscou)
  


Tchouïkov lors de la remise du drapeau de la Garde à la 39e - Stalingrad, usine Octobre Rouge, 3 janvier 1943. (Musée central des forces armées, Moscou)

  

La 39e division de fusiliers de la Garde prête serment devant son nouveau drapeau - Stalingrad, usine Octobre Rouge, 3 janvier 1943. (Musée central des forces armée, Moscou)


Une autre vue de la même scène - Stalingrad, usine Octobre Rouge, 3 janvier 1943 (Musée-panorama de la bataille de Stalingrad, Volgograd).


Le commandant de la 62e Armée, le général Tchoïkov, remet le drapeau de la 39e division au commandant de l'unité (à genou), Guriev. Stalingrad, usine Octobre Rouge, 3 janvier 1943.
   

Le drapeau de la 39eme, aujourd'hui exposé au Musée-Panorama de la bataille de Stalingrad, Volgograd.


Son cartouche d'exposition (Musée-Panorama de la bataille de Stalingrad, Volgograd).





La vitrine de la 39eme et l'ensemble de la maquette de l'usine Octobre Rouge au Musée-Panorama de la bataille de Stalingrad (Volgograd).


La libération de l’Union soviétique : l’Ukraine.    
   
Lourdement éprouvées à Stalingrad, la 39e et toute la 62e armée sont placées dans la réserve. En récompense de son action héroïque dans la ville de la Volga, la 62e armée se voit honorée du statut d’armée de la Garde et devient ainsi la 8e armée de la Garde, Vassili Tchouïkov en garde le commandement. La 39e, en revanche, voit le départ de Stepan S. Gouriev, remplacé par le colonel V.A.Leshchinin, promu général-major au mois de septembre. Le repos est de courte durée et le 20 mars 1943, la 39e repart en campagne. Son nouveau champ de bataille sera l’Ukraine.

Pistolet Walther 7,65 mm offert à S.S Gouriev par le conseil de guerre de la 62e armée le 2 février 1943. (Musée central des forces armées, Moscou).

   
La 8e armée de la Garde traverse le Donets du Nord au début du mois d’août 1943 et établit une tête de pont au sud d’Izyum. La 39e division de fusiliers de la Garde participe dans ce cadre à la prise du nœud de chemin de fer, puissamment défendu par les Allemands, de Barvenkovo. Cette action d’éclat lui vaudra de se voir attribué le titre honorifique de "Barvenkovsky" par un décret de Staline daté du 10 septembre[16]. La division libère ensuite Zaporojie, sur les rives du Dniepr, ce qui lui vaudra son deuxième Ordre du Drapeau rouge.    
Début octobre, la division reçoit l’ordre de traverser le Dniepr. Véritable obstacle naturel, le fleuve atteint par endroit jusqu’à 3,5 km de large pour une profondeur moyenne de 12 mètres et un courant de 2 mètres/seconde. Ses rives sont particulièrement escarpées et à cette saison, l’eau est glaciale. Pour ajouter à ces difficultés, les Allemands se sont puissamment retranchés sur la rive occidentale du fleuve construisant un nombre important d’ouvrages fortifiés, protégés par plusieurs rangés de barbelés.    
   
L’assaut est donné le 10 octobre 1943, les combats dureront jusqu’au 14. Au sein de la 39e, le 120e régiment de fusiliers de la Garde, commandé par le lieutenant-colonel Youri Makarovitch Maznyi, s’est particulièrement distingué au cours de la traversée du fleuve et de l’établissement de la tête de pont sur la rive occidentale. Leshchinin lui a donné l’ordre d’établir une tête de pont autour des localités de Lotch-Kamenkou et Kaydaki. Le passage du fleuve se fait avec tous les moyens flottants disponibles, la plupart du temps improvisés avec ce qui se trouvait sous la main et avec l’aide des habitants des villages environnants. Ceux-ci apportaient aux soldats leurs portes et les planches de leurs remises démolies, sciaient les arbres et les poteaux télégraphiques, réparaient les bateaux disponibles, etc. La rive occidentale atteinte, les combats sont acharnés. Après avoir repoussé plusieurs contre-attaques allemandes, il apparaît aux hommes de la tête de pont que l’ennemi prépare une attaque de flanc. Impossible cependant de demander de l’aide au reste de l’unité et à l’artillerie, le poste de radio est hors-service. C’est une infirmière, Véra Sergeïevna Kashcheieva, qui sort de la tranchée sous une pluie de balles pour prévenir le reste de ses camarades. Blessée, elle rampe jusqu’à l’unité voisine et permet ainsi à l’artillerie d’ouvrir le feu et de sauver la tête de pont soviétique sur le Dniepr. Cette action lui vaudra, ainsi qu’à 18 autres soldats, le titre de Héros de l’Union Soviétique.    
   
Le général-major Leshchinin est remplacé à la tête de la division par le colonel Sergeï Мikhaïlovitch Камynin[17]. Sous son commandement, la division libère Dnepropetrovsk le 25 octobre. Le lendemain, par un télégramme du conseil militaire du 3e Front ukrainien, Камynin est décoré de l’Ordre du Drapeau rouge.    
   
Les combats se poursuivent ensuite pour la libération des steppes d’Ukraine. La division libère alors des dizaines de villes et des centaines de villages. Mais les allemands parviennent à plusieurs reprises à échapper à l’encerclement et luttent furieusement, occasionnant de lourdes pertes à la 39e : Sergeï Мikhaïlovitch Камynin est tué près d’ Apostolovo en 1944, il est remplacé à la tête de la division par le lieutenant-colonel V. M. Chtrigol.

   

Soldats de la 39e division de fusiliers de la Garde en Ukraine - 1944.


Pour son action héroïque en Ukraine et la rupture du front opérée sur la rive occidentale de la rivière Ingoulets, la division est décorée le 19 mars 1944 de l’Ordre de Souvorov de deuxième classe. Pour la rupture du front sur la rivière Boug du Sud et la libération d’Odessa, la division est décorée le 20 avril 1944 de l’Ordre de Bogdan Khmelnitski de deuxième classe.    
   
Lourdement éprouvée par la libération de l’Ukraine, la division est mise en réserve le 7 juin 1944 et transférée le 15 sur l’aile gauche du 1er Front Biélorusse, au sud des marais de Pripyat, avec le reste de la 8e armée de la Garde. 8ème armée de la Garde qui ne prend pas part à l’opération Bagration, dont la zone d’action se limite au nord des mêmes marais. Elle appuiera par contre le dispositif nord de l’opération Lodz/Sandomierz, en lien avec le 1er front Ukrainien.

  
   
La libération de l’Europe : la Pologne.    
   
Commence alors la libération de la Pologne. Le 18 juillet, après un court mais intense tir de barrage, la 8ème armée de la Garde passe à l’assaut dans le secteur de Kovel et rompt en deux jours les défenses tactiques du 56e panzer corps.    
   
La route est ouverte vers Lublin, libérée le 24 juillet. Lors des combats pour Lublin, la 39e division de fusiliers de la Garde découvre et libère, le 22 juillet 1944, le camp de concentration de Majdanek. Elle y trouve plusieurs centaines de survivants, la plupart dans un état pitoyable ainsi que des preuves des exterminations massives perpétrées par les nazis, preuves que les SS n'avaient pas eu le temps de détruire.

   
Libération de Lublin par les soldats de la 39e (en arrière plan, le château de la ville qui servit de siège administratif et de prison à la Gestapo sous la direction du SS-Brigadeführer Odilo Globocnik) - Juillet 1944. (Musée national de Majdanek)

   
Pour le courage et l'héroïsme manifestés lors de la libération de Lublin, le 112e régiment d'infanterie de la Garde reçoit le nom "Ljublinsky".    
   
Le 1er août 1944, la 39e division de fusiliers de la Garde franchit la Vistule et établit la tête de pont de Magnuszew sur 800 mètres de largeur et 400 mètres de profondeur. Cette tête de pont sera ensuite renforcée par le reste de la 8ème armée de la Garde qui y fera face à la 19ème division blindée allemande. La 39e division de fusiliers de la Garde est alors commandée par le colonel, et bientôt lieutenant-général, Efim Timoféiévitch Marchenko. Il la commandera jusqu’à la fin de la guerre. Les opérations sur la Vistule voient se distinguer de nombreux soldats de la division, dont 7 se verront décernés le titre de Héros de l’Union soviétique à cette occasion.    
   
Le 14 janvier 1945 à 8 heures, dans un brouillard dense qui durera jusqu’au midi et sous une fine couche de neige, la 39e s’empare des positions avancées devant Magnuszew après un feu roulant d’artillerie de 25 minutes. Elle permet ainsi au reste de la 8ème armée de la Garde et à la 5ème armée de choc de s’engouffrer dans la brèche et de percer le front. La 39e continue ensuite son avancée en Pologne, pratiquement sans rencontrer de résistance, sur l’aile gauche du 1er Front biélorusse.    
   
Le 18 janvier, elle participe avec le reste de la 8ème armée de la Garde à la prise de la ville industrielle de Lodz.    
   
Le 24 janvier, la 8ème armée de la Garde, en raison de son expérience des combats urbains acquise à Stalingrad, reçoit l’ordre de prendre l’impressionnante forteresse de Poznan.    
   
Alors qu’une partie de la 8ème armée marche vers Berlin en soutien de la 1ère armée Blindée de la Garde, la 39e reste dans la ville pour prendre une des plus puissantes forteresses d’Europe. La résistance allemande est acharnée et donne un avant goût de ce qui attend l’Armée rouge à Berlin.    
Le 18 février, l’ordre est donné de prendre d’assaut la forteresse. Celle-ci était déjà bombardée par l’artillerie de siège depuis 9 jours, mais en ce matin de février, ce sont 1400 pièces d’artillerie de tout type qui écrasèrent la forteresse de leurs projectiles durant 4 heures, avant que les groupes d’assaut ne partent à l’attaque. La résistance dure plusieurs jours et les combats sont acharnés et d’une rare violence. Les soviétiques progressent malgré tout et dans la nuit du 22 au 23 février, le général Ernst Gommel, commandant de la garnison, se tire une balle dans la tête allongé dans son bureau sur un étendard nazi, amenant les survivants à se rendre.    
   
Pour leur action déterminante dans les combats dans la forteresse, les 117ème et 120ème régiments d'infanterie de la Garde et le 87ème régiment d'artillerie de la Garde[18] reçoivent le titre honorifique de « Poznansky ».    
De Poznan, la 39e division de fusiliers de la Garde marche ensuite vers la ville-forteresse de Küstrin. Le 4 février 1945, elle entre en Allemagne.

  
   
La bataille finale : L’Allemagne et Berlin.    
   
Située au confluent de l’Oder et de la Warthe, à 80 kilomètres à l’est de Berlin, sur la Reichstrasse 1, Küstrin se retrouve entre les deux têtes de pont du 1er front biélorusse sur l’Oder et est considérée comme la clef de Berlin. La tête de pont sud est occupée par la 8ème armée de la Garde et celle du nord par la 5ème de choc. Les deux armées se rejoignent le 22 mars en profitant d’un retrait anticipé de la 25e division de Panzergrenadier. Une contre attaque allemande échoue le 27 mars. La 39e approche alors des falaises de Seelow.    
   
Pour attaquer cette hauteur puissamment fortifiée, le chef du 1er front biélorusse, le maréchal Joukov, avait prévu de créer la surprise en attaquant de nuit à la lumière de 143 puissants projecteurs. Il fait également procéder à une formidable préparation d’artillerie qui semble avoir totalement annihilé les défenses de la 9ème armée allemande. Mais l’anéantissement de l’ennemi n’est qu’apparent. En effet, le général allemand Heinrici, ayant eu vent de l’attaque imminente de l’Armée rouge, avait fait replier le gros de son armée sur la deuxième ligne de défense, qui ne fut pas bombardée.    
   
Lors de l’assaut, le 16 avril 1945, la 39e part du flanc gauche de la tête de pont de Küstrin avec le reste de la 8ème armée de la Garde. La progression commence plutôt bien, mais les problèmes se multiplient rapidement. L’intense préparation d’artillerie a soulevé un épais nuage de poussière et de fumée qui rend difficile l’indentification des cibles, plus encore avec la lumière des projecteurs qui se reflète dedans. Les combats sont intenses et durent plusieurs jours. Le 18 avril, les hauteurs ne sont toujours pas prises et la 39e se bat toujours avec le reste de la 8ème armée autour de la ville de Seelow. La cité finit par tomber et le lendemain, 19 avril, la division pousse le long de la Reichstrasse 1 en direction de Müncheberg.    
   
Les hauteurs de Seelow enfin prises, la 39e est envoyée le 21 avril vers le sud, en direction de la Spree, pour entrer ensuite dans Berlin par le sud-ouest. Le 23 les combats commencent dans Berlin.    
   
Le 25 avril, le canal de Treptow est franchi grâce à l’action héroïque du capitaine de la Garde Alexandre Vassiliévitch Sittsev. Ayant pris la tête du 3ème bataillon de fusiliers après la mort de son commandant, il parvient à traverser le canal et oblige l’ennemi, déjà durement éprouvé, à se retrancher dans un bâtiment isolé dont il fait immédiatement le siège. Il sera proposé pour cette action au titre de Héros de l’Union soviétique, mais ne recevra sa récompense que 53 ans plus tard.    
   
Le 26 avril, on se bat toute la journée pour l’aéroport de Tempelhof. Dernier obstacle avant le quartier administratif et la Chancellerie, le canal de Landwehr est franchi le 27 avril, à la nage, sur des embarcations de fortune ou par les égouts !    
   
La 39e se dirige ensuite vers le Tiergarten. Là, un bataillon de fusiliers, sous le commandement Alexeï Ivanovitch Gorelenkova, s’empare des usines d’armement installées dans des souterrains prévus à l’origine pour le système autoroutier du projet Germania D’Albert Speer. Ces souterrains se trouvent à l’emplacement précis du mémorial soviétique pour la prise de la ville. Inauguré dès le 11 novembre 1945, ce dernier est construit avec des blocs de granit provenant de la nouvelle chancellerie d’Hitler. La 39e est alors à quelques centaines de mètres du Reichstag[19].    
Le 2 mai, la garnison de Berlin dépose finalement les armes et dans la nuit au 9 mai 1945 signe l'acte de capitulation sans condition.    
   
Pour son héroïsme et sa maîtrise au combat lors de cette ultime bataille, la 39e division de fusiliers de la Garde est décorée de l'ordre le plus prestigieux d’Union soviétique: l'Ordre de Lénine.    
   
Le 24 juin 1945, les combattants de la division prennent part au défilé de la Victoire sur la Place rouge avec leur étendard.    
   
Après la guerre, la division reste sur le territoire de la RDA avec les forces d’occupation soviétiques. Elle y restera, toujours au sein de la 8ème armée, jusqu’à son transfert en Ukraine et son démantèlement en novembre 1991.


A Volgograd (anciennement Stalingrad), une station de métro du quartier Octobre Rouge porte aujourd'hui encore le nom de la 39eme division de fusilier de la Garde (photo de l'auteur).


  
Composition complète de la 39e division de fusiliers de la Garde.    

- 112e, 117e et 120e régiments d'infanterie de la Garde ;
- 87e régiment d'artillerie de la Garde ;
- 43e groupement indépendant anti-char de la Garde ;
- 51e batterie d'artillerie antiaérienne de la Garde ;
- 41e compagnie d'éclaireur de la Garde ;
- 45e bataillon de sapeur de la Garde ;
- 154e bataillon indépendant de transmission de la Garde (54e compagnie de transmission de la Garde) ;
- 512e bataillon (42e compagnie) du service sanitaire de campagne :
- 41e compagnie indépendante de la protection chimique de la Garde ;
- 569e (37e) compagnie de transport automobile ;
- 629e (44e) boulangerie de campagne ;
- 631e (38e) infirmerie vétérinaire divisionnaire ;
- 2185e station postale de campagne ;
- 472e caisse de campagne de la Banque nationale.





[1] Forczyk Robert, La bataille de Moscou ; La première défaite d’Hitler, Osprey publishing, 2010.


[2] Lancée le 19 novembre 1942 par l’Armée rouge, l’opération Uranus prévoit l’encerclement des forces allemandes de la 6e armée. Elle fut un succès totale et entraina la capitulation des allemands dans Stalingrad le 2 février 1943.


[3] La 39e divisions de fusiliers de la Garde combat alors au côté des 18e et 184e divisions de fusiliers et de la 22e brigade de fusiliers motorisée.


[4] Tchouïkov Vassili, Stalingrad, Editions Laville, 2010, p. 180.


[5] La 39e est composée des 112e, 117e et 120e régiments de fusiliers de la Garde.


[6] On estime les effectifs totaux de la 39e à cette date à 3800 hommes.


[7] Octobre Rouge, il s’agit d’un gigantesque complexe métallurgique, toujours en activité aujourd'hui, au même endroit, dans la ville de Volgograd.


[8] Un Ordre de Lénine, Deux Ordres du Drapeau rouge, Un Ordre de Souvorov de deuxième classe et un Ordre de Bogdan Khmelnitski de deuxième classe.


[9] Le colonel Smékhotvorov commande alors la 193e division de fusiliers.


[10] Tchouïkov, Ibid., p. 181.


[11] Dirigée par le général Von Schwerin, cette unité est la principale opposante de la 39e à cette période.


[12] Ex régiment d’instruction de réserve.


[13] Tchouïkov, Ibid., p. 234-235.


[14] Helmuth Weltz publie à Berlin juste après la guerre le livre Verratene Grenadiere, où il raconte cet assaut en détail.


[15] Pendant plusieurs semaines, l’embâcle du fleuve, charriant de gigantesques blocs de glace, rendait le cheminement des bateaux ravitailleurs plus que périlleux, voire souvent impossible.


[16] Le même titre honorifique est également attribué par le même décret à la 31e brigade indépendante de chars de la Garde, au 1890e régiment indépendant d’artillerie autotractée et au 517e bataillon indépendant de chars.


[17] J’ignore si Leshchinin a été tué ou promu ailleurs.


[18] Tous font parti de la 39e division de fusiliers de la Garde.


[19] Je n’ai trouvé aucun document ou témoignage faisant état de la participation de la 39e à la prise du bâtiment, ce qui vu l’importance de l’événement, veut sans aucun doute dire que la division n’y prit pas part.


 
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